Login with your EA account
Need a new account?
Facebook user?
You can use your Facebook account to log in to European Alternatives:

EA home page » Commentaire » A propos de la politique de production du savoir.
A propos de la politique de production du savoir.
Avec la tendance générale à la commodification du savoir sous la loi de propriété intellectuelle, ce qui est en jeu c'est bien l'idéal de la sphère culturelle et éducative comme élément incontournable de la compréhension mutuelle et du pluralisme. Brian Holmes Dans le système économique des régimes de compétition post nationaux, dirigé par la finance et fait de réseaux, il est nécessaire d'ajouter une quatrième « commodité fictive » aux trois déjà déterminés par Polanyi (la terre, le travail et l'argent). Cette quatrième commodité fictive est le savoir, dans un spectre élargi allant de la science, la technologie et la loi à la littérature, la cuisine ou encore le savoir-faire journalier. Sa production dépend d'expériences longues et institutionnalisées sur l'apprentissage et l'enseignement, d'un accès public aux bibliothèques, aux archives, aux musées et aux banques de données, d'une internalisation de la recherche individuelle de la culture, d'espaces urbains permettant l'interaction entre groupes structurés et d'improvisation, d'un processus d'hybridation entre les différentes traditions culturelles, de la constitution de discours critiques et dissidents -à travers le punk-rock ou les slams, les réseaux de scientifiques engagés ou les regroupements d'agriculteurs traditionnel-. Et ainsi de suite, donc, dans une somme presque infinie de pratiques par lesquelles les observations objectives, l'abstraction théorique, l'expression individuelle et les modèles de solidarité sociale sont établis sous la forme de traces complexes et d'artefacts, puis sont pris et transformés par des individus successifs, des groupes successifs, des générations successives. L'impossibilité de rendre complètement fonctionnel ce subtil entremêlement de pratiques et de motivations est évident. Il était reconnu durant toute la longue période de construction de l'institution nationale, depuis les prémices du dix-neuvième siècle et au-delà des frontières de l'Occident. L'expansion du mandat culturel et éducatif de l'état, et son extension hésitante aux classes, aux genres et aux groupes ethniques qui étaient anciennement exclus de la représentation, confrontèrent ce mélange institutionnel à de nouveaux défis, et aux conflits inhérents. C'est ce qui amena à une difficile période de transformation à partir du réveil de 1968 et durant la décennie d'agitation qui suivit. Et c'est précisément cette « difficulté de la représentation », empêchant toute simple réitération d'icônes et de valeurs prétendument nationales, qui a été la source de développements culturels particulièrement attirants au court des dernières trente années. Le même genre de questionnement s'est même encore étendu, conduisant à une réévaluation de certaines fonctions économiques et scientifiques. Cependant, avec la restructuration éducative du processus de Bologne, avec le mécénat des entreprises et l'instrumentalisation des arts et des sciences, avec l'équipement des institutions culturels nationales à destination du marché du tourisme international, avec enfin la tendance générale vers la commodification du savoir sous la loi de propriété intellectuelle, ce qui est en jeu maintenant c'est bien l'idéal de la sphère culturelle et éducative comme l'élément incontournable de la quête -problématique- de la compréhension mutuelle dans une société pluraliste. En effet, la commodification du savoir est la force directrice et le but central de l’état de compétition schumpéterien, du fait de l’importance de l’innovation technologique et managériale dans la définition des postes avancés du système de production capitaliste (en particulier dans le domaine de la finance). Les bourgeonnements des aspirations et des expériences humaines peuvent donc être traité non pas juste comme des marchandises, mais aussi comme des investissements sur un moi d’entreprise, ainsi que l'a montré l’économiste Gary Becker avec sa notion de « capital humain ». Une des façons dont les européens expérimentent maintenant la faillite du capital est la manière dont l’éducation et la culture sont présentées empaquetées avec un coût qui les défigure, même si cela ne les met pas pour autant hors d’atteinte. Paradoxalement, si les dommages causés par la capitalisation du savoir sont des facteurs primaires de l’aveuglement des sociétés, ils sont aussi une chance de rendre visibles les nouveaux états de la coexistence humaine dans les régimes néolibéraux. La collaboration des artistes avec les chercheurs en sciences sociales, des organisations de travailleurs avec les mouvements écologistes lors du récent cycle de sommet anti-globalisation, et maintenant autour du thème de la « précarisation de l’existence » dans l’économie flexible, a marqué un pas en direction de la capacité à nommer et décrire les effets du processus de transformation néo-libéral. L’art est devenu l’un des moyens de cette investigation, semblable aux sciences sociales mais irréductible à celles-ci. De manière similaire, une organisation internationale comme Attac, dont la critique économique a gagné en importance dans les pays sociaux-démocratiques comme la Norvège, cherche à rendre visible l'influence négative d'une monnaie désétatisée et privatisée sur les domaines du travail humain et de l'environnement, mais aussi sur les domaines culturels et scientifiques qui constituent une seconde nature, un environnement artificiel. Or cet environnement est aussi nécessaire que l'air que nous respirons, et est susceptible comme lui d'être pollué. Quand les artistes commencent à explorer les opérations du capital, et à pointer les exemples d'échec de celui-ci, ils participent avec leurs propres méthodes expressives à une réponse complexe à l'installation graduelle du système de compétition, lequel est imposé par un ensemble unique de loi de plus en plus intolérantes et exclusives à l'égard des multiples et irrévocables formes de la coexistence humaine en société. Le processus d'exploration et d'interpellation de ces formes, actuellement invisibles, est un aspect de l'effort plus large pour constituer des formations sociales qui puissent agir en commun, ayant non seulement des intérêts objectifs partagés mais également un intérêt potentiel les unes dans les autres. Le problème, cependant, n’est pas seulement la suppression graduelle des institutions culturelles nationales, et d’un même mouvement de canons de la beauté et d'idéaux élitistes sur l’identité également obsolètes. Tout le nœud du problème est que, afin de survivre en tant que pratiques exploratrices et transformatrices, et afin de générer assez d’intérêt et d’investissement pour reconstituer sous des auspices favorables une sphère culturelle socialisée, les arts contemporains doivent rejeter leur dépendance -évidente ou voilée- aux nouvelles institutions liées aux entreprises qui promeuvent une subjectivité opportuniste et flexible. Et cela est plus facile à dire qu'à faire, comme le montrent les relations ambiguës entre les producteurs culturels sur le circuit des musées et les activistes cherchant une forme d’organisation pour le travail précaire. Car il est facile d’investir sur les petites angoisses au sujet de l’instrumentalisation biopolitique de la créativité propre aux uns, afin de générer un nouveau créneau de produit pour les marchés de l'originalité. Il est tout aussi facile de critiquer cet investissement. En effet, la capitalisation et l’hyper-individualisation généralisées semblent être une très bonne formule pour la rupture des solidarités, et l’émergence d’un fascisme libéral. Ce qui est plus compliqué -comme le découvrent ceux qui sont impliqués dans certains mouvements anti-précarité- c'est de créer des lignes d’invention et de critique qui renforcent les uns et les autres dans leurs différences, à travers les divisions en classe ou en profession. Sous ce rapport, le rôle des producteurs de la connaissance dans la recréation de la capacité à dire « nous » est potentiellement décisive. En poursuivant une nouvelle transvaluation des vieilles valeurs nationales, il serait possible d’arriver à ce qui manque actuellement : une constitution durable de la multiplicité. Mais il n’y a cependant absolument aucune assurance que ce potentiel sera un jour réalisé
Entrez vos commentaires
Languages
Articles liés
Follow us on Facebook
Rejoindre
Nous rejoindre
Alternatives Européennes est en tout premier lieu une communauté transnationale de militants. L’organisation est conduite par la volonté de changer la politique et la culture, en Europe et dans le monde.
Rejoindre European Alternatives
Liste de diffusion
UN email par mois avec MISES À JOUR sur les événements, projets et le nouvelles publications!
Joindre
Bien! You have successfully subscribed to our mailing list!