Par Adam Harrison
Au moins un des deux postes les plus hauts dans l’Europe post-Lisbonne pourrait bien être confié à un Britannique. Mais quel effet cela aura-t-il sur le Pro-Européanisme au Royaume-Uni ? Existe-t-il encore ?
Certains mots à la mode vont et viennent, mais d’autres disparaissent simplement. En Grande-Bretagne, le mot « pro-Européen » - aujourd’hui encore un mot tabou dans la presse britannique et dans les cercles politiques de droite – s’est flétri et est mort prématurément durant la dernière décennie, faute d’encouragement de la part de quiconque hormis le petit parti Libéral Démocrate. Les espoirs que les pro-Européens mettaient dans le nouveau gouvernement travailliste se sont rapidement évaporés, si bien que peu de personnes se souviennent aujourd’hui des jours enivrants de The European newspaper (fermé en 1998), ou de la participation de la Grande-Bretagne dans le groupe Europe (enterré en 2005).
Les pro-Européens restants ont largement battu en retraite au cours de la dernière décennie, et peu actuellement osent encore faire connaître leur opinion publiquement. Ceux qui le font, le font dans le cadre d’une Europhobie générale : le pro-Européen Ken Clarke ce week-end a été obligé de (dans son propre inimitable franc-parler) « répéter scrupuleusement » la politique conservatrice qui appelait à un référendum sur Lisbonne, tout en admettant simultanément et sans ambages son propre penchant pro-Européen.
Le gouvernement anglais s’est tenu à l’écart de Schengen, est resté en dehors de l’Euro et a esquivé la possibilité d’un référendum sur Lisbonne. Il aime même parfois critiquer son propre bébé, la Charte des Droits Humains (il est effectivement tellement facile de mettre la Charte sur le dos de l’Europe). Les Pro-Européens au sein du Gouvernement, et notamment les frères Miliband, n’ont pas crié leur foi sur les toits. Blair était probablement pro, mais craignait tellement les journaux qu’il a détourné son regard quand l’Euro est arrivé.
Le mot même de « pro-européanisme » évoque la décennie passée – les années 90, les jours d’avant internet, Geri Haliwell des Spice-Girls habillée de l’Union Jack, James Goldsmith ou Maggie avec un mouchoir, attaquant un avion de British Airways. Peu de tout ceci est positif. Est-ce que le mot, l’idée et ce qu’ils signifient peuvent renaître dans les années 2010 ?
De fait, d’ici à 2010, - si l’on en croit la rumeur – il semblerait qu’un britannique soit en passe de devenir soit le nouveau Président du Conseil, soit le chef des Affaires Etrangères. Les Français ont leurs hommes à la BCE, à l’OMS et au FMI. Les Allemands sont plus réticents à occuper ce type de postes. Les Britanniques ont occupé des portefeuilles importants au sein de la Commission depuis maintenant une dizaine d’années. Mais ceci a eu peu de résonance en Grande Bretagne. Peut-être que seul le titre de « Président » les fera réagir ?
Le spectre de Thatcher plane au-dessus de l’épaule droite de David Cameron, un homme dont le parti fera dérailler Lisbonne s’il le peut. Tony Blair fait probablement hérisser des poils au Benelux et en France (et pas seulement là-bas) mais pourrait-il contrebalancer un Gouvernement britannique Eurosceptique ? Ou David Miliband pourrait-il en tant que Haut Représentant être l’homme qui parcourra le Monde pour construire la présence européenne – avec le Royaume-Uni comme acteur déterminant et moteur au sein de l’Union ?
Blair aurait certainement le plus grand impact en Grande-Bretagne. Il serait aussi capable de se dévouer personnellement pour des causes importantes et universelles comme le changement climatique et le Moyen-Orient. Son succès permettrait de démontrer l’objectif même de l’Union Européenne – permettre d’avoir davantage d’impact en tant qu’Union Européenne que les Etats ne pourraient en avoir individuellement. Ses valeurs s’infiltreraient en retour en Grande-Bretagne, et le Président de l’Europe leur parlerait avec l’accent familier et rassurant de chez eux. Cela atteindrait le pays avec ou sans le soutien des journaux. Et une Grande-Bretagne plus engagée serait positive pour l’Union Européenne, et positive pour la Grande-Bretagne elle-même, puisqu’elle se sentirait plus à l’aise dans son rôle d’acteur européen.
Le gouvernement a récemment perdu le soutien du Sun, le quotidien le plus lu du pays. Mais cette perte a eu peu d’effets sur les sondages d’opinion. Ce média est influent et violemment anti-européen (voir l’article de Charles Grant pour une excellente démonstration). Mais peut-être que libérés du carcan de la peur de ce que les médias disent, et avec un Britannique au plus haut niveau à Bruxelles, les politiciens de gauche (et quelques Tories pro-européens) pourraient se sentir encouragés à sortir de l’« Euro-placard » et y rester.
Aujourd’hui, Jean-Claude du Luxembourg est monté sur le ring, et a critiqué le passé inégal de Tony Blair sur l’Europe et ses engagements en matière de politique étrangère. Ces deux aspects peuvent facilement être critiqués. Mais au-delà de cela, il existe un réel besoin de construire des ponts plus forts entre la Grande-Bretagne et l’ « Europe ». Une nouvelle Europe lisbonifiée sans une Grande-Bretagne visible, et un Royaume-Uni dirigé par David Cameron, peuvent seulement mettre le pays sur une voie encore plus cynique que le contraire…
Pour aller plus loin :
Charles Grant, ‘
Why Is Britain Eurosceptic?’, CER, London, December 2008.
The Politics Show, BBC, 26th October 2009, (inclut une interview de Ken Clarke, député, Ministre « shadow » de l’Economie).