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EA home page » Commentaire » Le changement climatique n’est pas une question d’environnement, c’est une question de justice
Le changement climatique n’est pas une question d’environnement, c’est une question de justice
leoflickr (Photo by Leo/Flilckr) Par Janine Schall-Emden et Lorenzo Fioramonti (Global Reboot), traduction de Juliette Rivens Notre modèle de développement actuel, basé sur le dogme de la croissance économique perpétuelle, n’est absolument pas durable et profondément injuste, et ce de trois points de vue au moins. Politiquement d’abord, parce qu’il impose que seule une minorité puisse à la fois contrôler les ressources énergétiques et les bénéfices qui s’y rattachent, dominer l’économie de marché et tirer les ficelles de la gouvernance mondiale. Financièrement ensuite, parce qu’il met nos sociétés à la merci complète des à-coups de la finance, qui peuvent rapidement se transformer en crises économiques dévastatrices que personne ne semble capable de stopper. Et enfin du point de vue de l’environnement, parce qu’il épuise les ressources naturelles de la Terre, provoquant des dégâts écologiques et menaçant l’avenir de la vie biologique (celle humaine incluse) sur la seule et unique planète que nous ayons. Quel que soit le point de vue adopté, il est clair que ce modèle est définitivement mauvais. Si le monde entier n’était qu’un seul pays, comme c’est quasiment le cas en ces temps de globalisation soutenue, ce serait la nation la plus injuste de toute l’histoire. La majeure partie de la richesse mondiale est détenue par 2 % de la population, tandis que plus d’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim. Quelques multinationales gèrent des budgets qui sont plus importants que ceux de nations entières. La politique mondiale est contrôlée par 8 pays sur un total de plus de 190 Etats : ce qu’on appelle communément le G8 représente donc moins de 4 % des pays. En France, avant la révolution de 1789, le pouvoir économique et politique était aux mains d’environ 6 % de la population. La comparaison est consternante. Le modèle de développement actuel a sans aucun doute eu des conséquences positives en termes de qualité de vie. Par exemple, la mortalité dans l’Union européenne est moins importante aujourd’hui qu’il y a 50 ans, les systèmes éducatifs sont plus développés, la technologie a permis de révolutionner bien des domaines. Mais tout cela ne vaut que pour une petite minorité de citoyens. Pour la grande majorité, le développement économique n’a amené que dépossession, privatisation, dévastation et conflits armés. Et même dans les pays les plus développés sur le plan économique, de nombreuses questions restent sans réponses : la société de consommation a-t-elle rendu nos sociétés plus évoluées ? Le bien-être économique nous permet-il de mieux profiter de la vie ? Est-on vraiment plus heureux lorsque le PIB de notre pays augmente ? Voilà des questions cruciales que nous refusons souvent d’affronter. Après avoir fermé les yeux pendant des décennies sur tous ces problèmes, le changement climatique nous force à présent à revoir les bases de notre système économique, un système que la planète ne peut plus supporter. Même les thèses économiques traditionnelles ne peuvent contrecarrer cet état de fait : notre modèle de développement, qui menace le maintient de la vie sur terre tout en exacerbant les injustices, est profondément mauvais et doit être repensé. La technologie peut sans doute aider à réduire ce phénomène, mais elle ne le résoudra certainement pas à elle seule. Les solutions soi-disant magiques telles que le système de plafonnement et d’échange, la compensation carbone, le mécanisme de développement propre (MDP), l’application conjointe et, au fond, tous les autres instruments envisagés par le protocole de Kyoto et négociés à la conférence de Copenhague ne sont que poudre aux yeux. Non seulement ces technologies permettent de perpétuer ce système qui génère tous les problèmes que nous avons évoqués, mais en plus, elles détournent l’attention de l’opinion avec de fausses solutions. Dans l’Union européenne, le système des crédits-carbone a déjà montré toutes ses failles. On ne peut continuer à faire comme si de rien n’était. Le changement climatique a déjà des conséquences catastrophiques sur notre environnement, qui s’accentueront dans les prochaines années. Les pays pauvres doivent affronter des sécheresses, des inondations, et des famines récurrentes. Les pays riches doivent faire face à des hivers toujours plus froids et une chaleur insoutenable en été, des incendies et des millions de réfugiés climatiques à leurs frontières en quête d’une vie meilleure, comme l’a reconnu la Commission européenne elle-même en 2009 dans le Livre blanc sur l’adaptation au changement climatique. Puisque nous n’avons pas réussi à réduire les effets du changement climatique, nous entrons progressivement dans une période « d’adaptation ». Que cela nous plaise ou non, nous sommes obligés de reconnaitre que notre mode de vie sur la terre va profondément se transformer dans les décennies à venir. Mais l’adaptation peut s’opérer de deux façons diamétralement opposées. Elle peut être passive/réactionnaire, si l’on refuse de changer notre modèle de développement non durable et de se préparer à faire face à des conditions climatiques de plus en plus difficiles et une contestation populaire grandissante (en construisant par exemple une forteresse tout autour de l’Union européenne, en faisant feu sur les migrants qui s’approcheraient de nos frontières ou en construisant des enceintes surprotégées, peu différentes des constructions israéliennes en Palestine, qui nous permettraient de continuer à faire comme si de rien n’était). Ou bien, on peut choisir une adaptation plus active. Cela demande une conscience aiguë des défauts de notre propre modèle de développement de façon à pouvoir construire un nouveau type de société. L’adaptation active suppose que nous nous impliquions davantage dans la vie de nos villages et de nos villes, afin d’y expérimenter de nouveaux modèles de vie collective. Plus qu’un simple changement de style de vie, cela implique que nous exigions une transformation de l’organisation de nos sociétés. C’est un revirement total pour ce qui est du mode de vie que la plupart d’entre nous ont connu jusqu’ici, mais c’est la seule possibilité qui s’offre à nous. On ne peut échapper à l’adaptation mais on peut encore décider de la façon de s’adapter. *Les auteurs de l’article ont également signé « The Age of Adaptation », un documentaire qui traite des thèmes abordés dans cet article. Cliquez ici pour voir le film.
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