Ils nous ont volé Copenhague
traduction en français de Juliette Rivens
La vingtaine de dirigeants politiques qui se sont rencontrés à Singapour lors du Sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC) ne constituent qu’une partie des représentants des 170 pays qui assisteront à la Conférence de l’ONU sur le changement climatique à Copenhague entre le 7 et le 18 décembre prochain. Les dirigeants des deux pays les plus pollueurs au monde – la Chine et les Etats-Unis – étaient cependant présents et en ont profité pour déclarer qu’un accord légalement contraignant, très attendu par ailleurs, ne serait pas conclu à Copenhague. Aussi longtemps que les prises de décisions sur des enjeux mondiaux seront le fruit de négociations entre les Etats, les accords ne se limitant pas aux intérêts à court terme des pays les plus puissants seront rares et les contraintes légales nécessaires, par exemple à la réduction des émissions, seront laissées de côté.
Le problème du changement climatique révèle les défauts d’organisation particulièrement importants du système mondial actuel basé sur des négociations nationales dans la mesure où la combustion de carbone est essentielle aux plus grandes économies du monde alors que les effets du changement climatique leur semblent encore lointains par rapport aux intérêts immédiats des plus puissants. Il n’est pas simple de convaincre ceux qui profitent le plus des énergies fossiles que les effets du changement climatique, sans doute catastrophiques dans un futur plus ou moins proche et en un point de la planète, sont d’une évidence accablante : il y a un écart impressionnant entre la sphère des délibérations à un niveau national et le caractère mondial du problème.
L’union européenne, à défaut de ses Etats membres dans leur totalité, a bien vu le potentiel et la nécessité que représente le problème climatique en inaugurant une nouvelle ère : celle des décisions globales basées avant tout sur des raisonnements qui dépassent les frontières nationales. L’Union européenne est le principal exemple, bien qu’imparfait, d’une organisation décisionnelle transnationale dans laquelle les intérêts nationaux à court terme sont de plus en plus négligés au profit d’une amélioration du bien commun. Avec le texte Vers un accord global en matière de changement climatique à Copenhague, la Commission européenne tente de se positionner comme leader en attendant la réunion de Copenhague. Cette position de leader n’aurait pas seulement dû aboutir à un accord juridiquement contraignant mais aussi à un changement fondamental de direction qui baserait les relations internationales sur le respect de la loi et non plus sur la puissance économique ou militaire. Pendant trop longtemps, l’UE a manqué de l’adresse politique et de la cohérence nécessaire pour s’imposer face aux autres pays et il est évident qu’elle n’a pas non plus gagné le respect des leaders mondiaux. La proposition de dernière minute lancée au Premier ministre danois – qui présidera la Conférence sur le climat à Copenhague – de s’envoler pour Singapour dans la nuit pour être dès le lendemain à une réunion autour d’un petit déjeuner avait pour but de justifier la poursuite des négociations. Cela témoigne en fait d’une certaine indifférence pour le processus.
Face à tant de prétentions, peut-être que les protestations des citoyens et des ONG, expropriés des accords de Copenhague, peuvent réunir les conditions nécessaires à un remodelage profond des mécanismes de la politique mondiale afin qu’ils répondent à notre légitime exigence de solutions pour sauver la planète. Le monde n’a pas besoin d’un nouvel Icare ni d’un Prométhée. Espérons que les cendres ne s’accumulent pas au point qu’il ne nous reste plus qu’à attendre le Phénix.


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